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Comment mieux gérer les risques RH dans votre entreprise ?

Publié le 22 janvier 2026

Souvent sous-estimés, les risques RH peuvent fragiliser en profondeur la performance, le climat social et l’image d’une entreprise. Les identifier, les prévenir et les piloter, c’est transformer une vulnérabilité en levier de progrès collectif. Comment mettre en place une démarche efficace de gestion des risques RH ? L’éclairage de Jérémy Albert, expert en management et gestion RH.

Risques RH

Dans un monde professionnel en constante évolution, toute entreprise est confrontée à des risques multiples, notamment ceux liés au capital humain, ressource à la fois essentielle et précieuse. Conflits internes, absentéisme, risques psychosociaux, désengagement, non-respect des conformités légales et sociales : les risques RH peuvent désorganiser une activité, nuire à la marque employeur et impacter durablement la performance. Gérer les risques RH nécessite donc une démarche proactive, structurée et outillée.

Identifier et comprendre les risques RH dans votre entreprise

Quels risques RH pour une entreprise ?

La gestion des risques RH relève de l’obligation de sécurité imposée à l’employeur par le code du travail (article L. 4121-1 et suivants). Cette obligation inclut la prévention des risques professionnels et des risques psychosociaux. 

Dans ce cadre, il est nécessaire pour une entreprise d’identifier les risques et de les cartographier, ce pour éviter une installation pérenne et aggravante, qui pourra impacter la performance d’une équipe, d’un service, voire de l’entreprise.

Exemples de risques RH :

  • Absentéisme croissant
  • Turnover anormal
  • Accidents de travail en hausse
  • Maladies professionnelles récurrentes
  • Baisse d’engagement
  • Hausse des tensions sociales
  • Dégradation de la QVCT (qualité de vie et des conditions de travail)
  • Marque employeur défaillante
  • Plan de compétences interne défaillant

Comment identifier les risques RH pour votre entreprise ? Les signaux faibles

Illustration - Article - Risques RH - Iceberg
© Jérémy Albert

Les signaux faibles sont des indices qui indiquent un épuisement physique ou psychologique chez vos salariés.

Ils peuvent être individuels ou collectifs, visibles dans les comportements, la communication ou la performance.

Ces signaux, individuels comme collectifs, reflètent souvent des dysfonctionnements organisationnels : répartition inéquitable de la charge de travail, règles RH appliquées de manière hétérogène, communication insuffisante ou encore relations de travail dégradées.

Ignorer ces signaux, c’est accepter le risque de voir s’installer durablement les tensions et d’amener à une fuite des talents.

Pour récapituler : exemples de risques RH avec les facteurs associés et les signaux faibles observables

Risques RH Facteurs / Causes Indice / Signal faible observable
Tension et conflits manifestes Communication insuffisante, incohérence managériale, injustices perçues Tensions visibles, hausse des plaintes auprès du manager, mobilisations syndicales
Diminution des activités collectives Tensions, surcharge, management peu fédérateur Participation faible, retrait des initiatives, interactions réduites
Absentéisme Charge de travail excessive, fatigue physique ou psychologique, manque de reconnaissance,
problèmes organisationnels (horaires, planification)
Multiplication des arrêts courts, retards, baisse de motivation, demandes de congés plus fréquentes
Turnover Manque de perspective, perte de sens ou désengagement Départs rapprochés, retrait progressif des missions, demandes de changement d’équipe ou de service

Les détecter et les analyser à temps (communication, indicateurs sociaux) permet de prévenir l’escalade, d’apporter des ajustements et de préserver la dynamique collective.

Une détection précoce repose sur une démarche structurée qui combine observation terrain (visites d’équipes, présence dans les bureaux…), écoute active terrain (remontées des managers, retours CSE…), outils d’analyse (enquêtes sociales, baromètres internes, indicateurs sociaux) et échanges réguliers avec les collaborateurs (entretiens annuels, professionnels, entretiens de suivi, points informels…).

Focus sur les risques psychosociaux (RPS)

« 30 % des Français déclarent avoir subi un comportement hostile au travail, 27 % doivent y cacher leurs émotions, 9 % y font des choses qu’ils désapprouvent… », selon l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS).

L’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (AESST) définit les RPS comme des situations de travail caractérisées par la présence, soit conjointement, soit séparément, de plusieurs éléments : stress, violences internes (relations conflictuelles, agressions verbales et physiques, harcèlement moral ou sexuel), violences externes (violences exercées par un client, fournisseur, patient…).

Quels sont les facteurs qui amènent les RPS ?

  • Intensité et complexité du travail
  • Conflits de valeurs
  • Exigences émotionnelles
  • Faible autonomie
  • Rapports sociaux dégradés
  • Insécurité dans l’emploi
Illustration - Article - Risques RH - Conditions de travail et risques psychosociaux
Source : INRS

Anticiper et piloter une démarche de gestion des risques RH

Identifier les risques RH est une première étape essentielle, mais elle ne suffit pas. Une fois les signaux faibles repérés et les causes analysées, l’entreprise doit passer à une phase plus stratégique : anticiper et piloter la gestion de ces risques.

Pour cela, il est nécessaire de procéder par étapes :

  • Hiérarchiser les risques
  • Définir des plans d’action adaptés
  • Suivre et ajuster le pilotage

Étape 1 – Hiérarchiser les risques

L’objectif est de les classer en fonction de leur probabilité d’occurrence (fréquence) et de leur gravité (impact potentiel sur l’organisation).

En effet, certains peuvent être fréquents mais peu graves (retards ponctuels). D’autres, rares mais potentiellement critiques (accident du travail grave, conflit collectif).

D’abord, il est nécessaire d’établir une graduation. Par exemple :

Tableau : Probabilité x Gravité
Probabilité Gravité
1. Très improbable 1. Faible
2. Improbable (rare) 2. Moyenne
3. Probable (occasionnel) 3. Grave
4. Très probable (fréquent) 4. Très grave

La combinaison d’un niveau de probabilité et d’un niveau de gravité permet ensuite de distinguer les risques.

Trois niveaux de risques
Mineurs Importants Critiques
Faible probabilité et faible gravité Probabilité ou gravité élevée Forte probabilité et forte gravité
À surveiller, mais sans priorité immédiate Nécessité d’un plan d’action rapide À traiter en priorité absolue

Étape 2 – Définir des plans d’action incluant prévention et correction

La gestion des risques RH doit articuler deux types d’actions :

  • Les actions préventives dont le but est d’empêcher le risque de se produire.

Par exemple : mettre en place un plan de fidélisation pour réduire le turnover.

  • Les actions correctives dont le but est de limiter les conséquences une fois le risque déclenché.

Par exemple : engager une médiation en cas de conflit social.

Étape 3 – Suivre et ajuster le pilotage

La gestion des risques RH est un process continu qui s’inscrit dans le temps et nécessite un suivi constant.

Des outils comme les enquêtes internes, les baromètres sociaux ou les entretiens de retour d’absence permettent de suivre les indicateurs de climat social.

L’essor des solutions RH basées sur l’intelligence artificielle renforce également cette capacité de suivi : ces outils analysent les données existantes (absentéisme, activité, indicateurs sociaux) pour repérer automatiquement des signaux faibles, tout en garantissant la confidentialité des informations collectées.

Le pilotage repose par ailleurs sur plusieurs leviers complémentaires.

  • Le suivi d’indicateurs sociaux : absentéisme, accidents, turnover, climat social croisé avec les observations qualitatives…
  • La communication interne : expliquer les mesures prises est essentiel pour maintenir la confiance.
  • Le dialogue social : associer les représentants du personnel ou le CSE permet d’obtenir une vision plus fine des risques vécus par les salariés.
  • Le DUERP (document unique d’évaluation des risques professionnels) : ce document obligatoire doit être mis à jour chaque année.

Exemple de tableau de hiérarchisation de certains risques RH

Risque RH Probabilité Gravité Niveau de risque Actions préventives Actions correctives
Absentéisme récurrent Très probable Moyenne Élevé Suivi mensuel des absences, actions QVCT, ajustement de la charge de travail Renfort temporaire, entretien de retour, aménagement du poste
Désengagement progressif Très probable Élevée Critique Enquêtes internes, implication des salariés, feedback managérial Coaching d’équipe, réorganisation, actions de remobilisation
Conflits sociaux latents Probable Élevée Élevé Dialogue social régulier, communication transparente, écoute active Médiation interne/externe, accords de sortie de crise

Investir dans la pérennité et la sérénité de votre entreprise

Gérer les risques RH est une démarche proactive qui implique l’ensemble des acteurs de l’entreprise et qui agit sur 3 leviers majeurs : la qualité de vie au travail, l’engagement des collaborateurs et la prévention à long terme des coûts cachés (absentéisme, turnover…).

L’objectif est double : assurer une performance durable et maintenir un climat social positif, deux conditions indissociables de la pérennité d’une entreprise.

La qualité de vie au travail comme levier de performance

Une politique active de QVCT contribue directement à réduire les risques RH en améliorant les conditions de travail et la satisfaction des salariés.

Selon le rapport Malakoff Humanis 2024 sur l’absentéisme, les entreprises ayant déployé des actions QVCT (aménagements des horaires, prévention en santé, télétravail structuré) ont constaté une baisse moyenne de 25 % des absences courtes.

L’engagement des collaborateurs, un indicateur clé

L’engagement est l’un des meilleurs baromètres de la santé sociale d’une entreprise. En effet, des collaborateurs engagés sont moins exposés au risque de turnover ou de perte de motivation.

L’étude Gallup – State of the Global Workplace 2025 révèle que le taux d’engagement des salariés au niveau mondial est de 21 % en 2024. L’Europe est présentée comme la région du monde ayant le plus faible taux d’engagement avec 13 % d’employés engagés. En France, seuls 8 % des salariés se disent pleinement engagés.

Sécuriser par la prévention des risques

Des risques RH non traités engendrent des coûts directs (arrêt maladie, procédure disciplinaire, litiges prud’homaux) et des coûts indirects (perte de savoir-faire, surcharge de travail des équipes, baisse de la marque employeur).

Selon l’INRS, le coût moyen d’un arrêt maladie de 30 jours pour une entreprise est estimé à plus de 4 000 €.

Selon l’APEC, remplacer un salarié démissionnaire coûte entre 6 et 9 mois de salaire, en intégrant le recrutement, l’intégration et la perte de productivité.

Illustration - Article - Risques RH - Conclusion : En définitive, investir dans la gestion des risques RH pour une entreprise, c’est : 1/ Réduire les coûts cachés liés à l’absentéisme, au turnover et aux conflits 2/ Améliorer la productivité en renforçant la qualité de vie au travail 3/ Stabiliser les équipes grâce à un meilleur engagement et une reconnaissance accrue 4/ Sécuriser l’avenir de l’organisation en anticipant les crises plutôt que de les subir.

Pour résumer, les risques RH traduisent la réalité profonde du climat social, de l’organisation et du rapport au travail dans l’entreprise. Souvent invisibles au départ, ils apparaissent d’abord sous forme de signaux faibles, perceptibles dans les comportements, les indicateurs sociaux ou la communication informelle. Si ces indices sont ignorés, ils peuvent rapidement se transformer en crises ouvertes, coûteuses et déstabilisantes. À l’inverse, lorsqu’ils sont identifiés, hiérarchisés et pilotés, ces risques deviennent des leviers de progrès. Ils permettent de renforcer la qualité de vie au travail, d’améliorer l’engagement des collaborateurs et de sécuriser la performance durable de l’organisation. Autrement dit, gérer les risques RH est un investissement stratégique. C’est choisir d’anticiper plutôt que subir. C’est consolider la confiance plutôt que réparer des tensions. In fine, c’est miser sur la sérénité collective pour assurer la pérennité de l’entreprise.

Notre expert

Jérémy Albert

Management et gestion RH

Consultant formateur en management et gestion, il s’appuie sur plus de 20 ans d’expérience […]

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